Guérir

A sa toute origine, le mot guérir avait pour étymologie « protéger ». Ce n’est que bien plus tard qu’il se transforme et que son sens évolue pour signifier alors « délivrer d’une blessure, d’une maladie ».

Guérir veut donc bien dire délivrer et non soigner. Pourtant, nous avons tous grandi avec cette idée que pour guérir il suffit de coller un pansement sur une plaie ouverte pour l’aider à sécher et se refermer. Mais que soignons-nous dans ce cas ? Les apparences et non les causes de la blessure.

C’est pour cela qu’il est tellement difficile de vivre tous ensemble aujourd’hui. Nous passons notre temps à croiser des personnes qui comme nous portent un masque, se protègent et trimbalent partout leurs blessures mal soignées, cachées derrière des pansements qui se décollent à moitié. On se balancent nos maux à la gueule, nos mauvaises énergies, nos silences pesants, toutes ces choses dont on ne sait que faire et qu’on croit savoir bien gérer.

On passe donc la plupart de notre temps à feindre que nous allons tous bien, que le problème c’est les autres. Mais si pour une fois, on arrachait le pansement d’un coup sec et qu’on creusait un peu sous la peau pour essayer de comprendre d’où nous viennent ces comportements, ces réactions, ces peurs, cette indifférence, ces mots qu’on ne sait pas dire ?

Quand j’accuse l’autre de me faire du mal, de ne pas m’accepter, de me rejeter, en réalité c’est à moi que je fais du mal, moi que je n’accepte pas et moi que je rejette. Quand je crois ne plus aimer l’autre, j’ai simplement cessé de m’aimer à son contact. L’autre me renvoie simplement à des parties de moi dont je ne me suis pas libéré.e. L’autre agit sur moi comme un warning qui s’allume face à une situation déjà vécue et que je n’ai pas su maîtriser.

Si cette blessure n’est pas guérie, nous avons beau partir et fuir, nous l’emportons simplement dans notre prochaine histoire pour la revivre jusqu’à ce que nous la comprenions et la guérissions.

Nous nous déchargeons trop souvent de nos responsabilités, et nous excusons trop souvent les autres pour leur comportement lorsque ces derniers ne nous laissent pas la place d’être qui nous sommes. Il est bien plus facile de dire « tu ne m’acceptes pas! », « tu ne m’aimes pas »,  » tu m’abandonnes », ou encore de se cloîtrer dans le silence quand on a peur, plutôt que de se demander finalement « pourquoi son attitude me blesse ? », « pourquoi j’accepte ce comportement ? », « pourquoi je ne m’exprime pas ? » et travailler sur l’origine de notre problème.

Nager en eaux troubles est loin d’être une mince affaire. Mais malgré tout, je dois avouer que c’est le plus beau des voyages qu’il nous est donné d’entreprendre. Il m’aura fallu une trentaine d’années pour réaliser que je voulais arrêter d’apprendre, arrêter de servir l’autre, arrêter d’avoir l’approbation de qui que ce soit. J’ai soif de désapprendre, soif de déconstruire tout ce qu’on m’a inculqué, tout ce qu’on m’a obligé à faire, à penser, à ressentir.

La vraie question serait donc : Pourquoi je ressens cela lorsque je suis confronté.e à une critique, un non, une question, une demande, un compliment, une émotion venant de l’autre ?

Je veux revenir à la source. Qui sommes-nous ? Qui sommes-nous sans le poids de nos familles, sans les histoires racontées, sans les valeurs imposées, sans le passé comme siège de notre identité ? Qui sommes nous au plus profond, quand on ferme les yeux et qu’on s’écoute respirer, quand on s’écoute en premier ? Qui suis-je sans mes blessures, qui suis-je quand j’arrête de m’éviter ?

J’ai lu il n’y a pas longtemps cette phrase qui m’a percutée : « On se rencontre quand on est prêt à se regarder ».

Et si guérir c’était tout simplement se choisir ? Choisir de laisser tomber le masque pour aller vers qui je suis réellement. Oser se regarder et se rencontrer. Oser s’aimer dans toute notre splendeur mais aussi dans toute notre horreur ? Oser se montrer. Oser redescendre de notre toute puissance et accepter aussi notre impuissance. Oser être aussi fort que faible. Oser rire et pleurer. Oser sentir et parler. Oser se prendre par la main et plonger au plus profond de soi pour aller chercher sa propre vérité, sa propre voix.

Quelqu’un m’a demandé, il y a peu,ce que c’était pour moi « grandir » et j’ai répondu : « C’est devenir son propre parent ».

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