Le silence.

Il y a quelques mois, je t’avais dit qu’on parlerait de voyages. Je devais même t’emmener, le temps d’un récit, visiter Séville et te raconter mes aventures.

Comme tu peux le voir, tout ne s’est pas passé comme prévu. Je vais même t’avouer quelque chose : devoir rédiger un article sur le thème du voyage a probablement modifié tous mes plans. Je me suis retrouvée tétanisée.

Au début j’ai commencé à me chercher des excuses, la flemme, pas le temps, je ne sais pas le faire, tout le monde le fait déjà, quel intérêt ? Tu vois où je veux en venir…J’ai repoussé, me suis occupée à autre chose, j’ai pensé et repensé le truc mille fois et cet article n’est jamais arrivé.

Je n’arrivais plus à écrire. Pourtant j’avais mille choses à dire mais les mots ne s’alignaient plus. Ces derniers mois ont certainement été parmi les plus durs que j’ai vécu depuis longtemps. Des flots d’émotions sont remontés de nulle part, me balançant dans la gueule des choses que je pensais avoir guéri depuis longtemps, ou du moins que j’avais enterré dans un coin en espérant ne jamais les recroiser.

Alors j’ai porté un masque, au travail, avec ma famille, avec mes proches et mes amis. Le masque de quelqu’un de fort, ou de joyeux. Je suis devenue hyper-active, shootée au sport, aux voyages, au heures de boulot, à la musique et aux activités multiples. J’ai marché des kilomètres et très peu dormi. Je comblais l’espace, je comblais le vide, j’évitais le calme, je reniais le silence.

Mais notre corps nous connait par coeur. Et notre coeur connait son corps. Quand notre tête mène sa vie d’hystérique, le corps la laisse s’amuser et l’ignore quelque temps. Jusqu’à ce que sonne le glas du trop plein et que l’intuition te ramène à l’ordre avec un fatidique : « je sais que tu n’en as pas envie, mais c’est ce dont tu as besoin ».

J’ai d’abord été fatiguée, puis lasse. Comme usée. Sans envie de faire d’efforts pour les autres. Sans envie d’écrire, ni de trop répondre. Je n’étais ni triste, ni heureuse. J’étais simplement là. J’étais vide. Arrivée à un point de non retour, entre automatisme et saturation.

Et puis un soir, poussée par une énergie invisible et sans me poser de question, je me suis assise en tailleur et j’ai fermé les yeux.

Pour la première fois, j’ai réellement commencé à comprendre le sens de cette phrase un peu bateau qu’on entend parfois : Le silence est d’or. Car c’est en tendant un peu plus l’oreille, en prêtant un peu plus attention à ce silence, que j’ai commencé à entendre. J’ai entendu toutes ces choses en moi qui ne demandaient qu’à être soignées, ces schémas qui ne souhaitaient plus se reproduire à l’infini, j’ai entendu ce vacarme qui grondait finalement si fort et que je n’avais jamais vraiment laissé parler.

Et si tu savais à quel point le silence peut être assourdissant…

Je devais vivre un deuil et accepter que tout serait différent. Il fallait tout désapprendre et réapprendre pour retrouver un équilibre sommaire. Il fallait se disputer, beaucoup, plusieurs fois, avec lui, avec toi et toi aussi. Il fallait crever des abcès, les nettoyer, les crever à nouveau et recommencer. Il fallait parler, parler de choses qui font mal. Il fallait affronter des choses qu’on fait semblant d’aimer, pour apprendre à les aimer vraiment. Il fallait pleurer aussi, et beaucoup écouter. Se rendre à l’évidence aussi parfois.

Je me suis assise une fois, puis deux, puis dix. Et chaque fois que je fermais à nouveau les yeux, le bruit devenait un peu moins fort. Les idées un peu plus claires. J’ai pu écouter à travers tout ce brouhaha incessant ce que J’avais vraiment à dire : Qui suis-je vraiment et qu’est ce que je veux ?

Toutes ces années à m’aplatir pour ne pas décevoir, à me conformer pour être dans la norme, à faire en sorte d’éteindre ma lumière pour continuer d’être aimée et de plaire, accepter des comportements plutôt qu’oser parler, à faire comme les autres pour ne pas déborder, à absorber les émotions sans m’en libérer.

Ces derniers mois, j’ai vécu un raz-de-marée. Il fallait d’abord tout dévaster pour enfin replanter. La mer redescend doucement, et revient parfois avec des grosses vagues. L’apprentissage n’est pas linéaire ni fluide. Il faut tomber mille fois avant d’apprendre à marcher. Tous les jours ne sont pas roses, mais je tente de mettre du rose dans chacun d’entre eux.

Je me suis entendue. Je vais devenir professeur de Yoga cette année, j’ai décidé d’aller parler à quelqu’un, de me pardonner, et de me montrer telle que je suis. De ne plus écrire d’article en regardant ce qui se fait autour, de ne plus m’inspirer pour me rassurer que je fais correctement les choses. Accepter que la route n’est pas droite et toute tracée, que les virages et les crevaisons font partie du paysage. Apprendre à les apprécier.

J’ai le sentiment de me rencontrer un peu plus. De m’être trouvée et d’apprécier la personne que je suis vraiment. Qui suis-je dans toutes mes facettes ? Je suis forte, sensible, généreuse et impulsive aussi. Je vais à contre-courant et j’aime ça. Je suis comme ça. J’aime transmettre et partager, j’aime remettre en question les choses. Je n’aime pas être comme les autres. Mais j’aime me trouver en eux.

Aujourd’hui j’ai entendu quelqu’un dire : « si tu apprends à faire la même chose que tous les autres tu seras remplaçable, si tu fais les choses à ta façon tu seras inoubliable ».

Alors tu ne liras probablement pas d’article sur Séville pour le moment. Mais tu en trouveras bien assez sur la toile. Mon truc à moi c’est les émotions, et ce voyage là, je vais t’en parler de mille façons.

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