Lettre d’amour

« J‘avais tellement envie de garder des milliers de morceaux de toi. Égoïstement. Comme si tu n’existais que pour moi. 

J’ai choisi consciencieusement chacune de ces petites parcelles pour ne pas manquer de toi le temps venu. Un peu de ça, un peu de là, un peu de ton espièglerie, de ton caractère, de ta joie de vivre et de tes jours tristes. Pour reconstituer ton souvenir et le conserver précieusement. Comme un trésor que l’on couve jalousement au plus profond de soi.
Tu étais loin d’être parfaite, et tu le savais. Mais tu avais cette façon bien à toi de me laisser être moi-même. Je connaissais par cœur chacun de tes secrets, ton odeur, ta lumière, tes humeurs.


J’ai eu le cœur brisé lorsque je t’ai quitté. Je t’en ai voulu pour mille raisons et pour aucune en particulier. On avait juste changé et cessé de se regarder comme à nos débuts. On savait sûrement toutes les deux que cela ne servait plus à grand chose de faire semblant, de jouer à ce mauvais jeu. On aurait fini par se détester alors à quoi bon.

Bien sûr que je t’aimais… Comment pourrais-tu en douter ? Je n’étais simplement plus amoureuse de toi. De l’un à l’autre, il n’y a qu’un pas. Tu m’as tellement usée à la fin, à quoi t’attendais-tu ?

Et finalement je suis partie. Lassée de ton vague à l’âme et de ta houle instable. Tu m’étouffais, tout en toi me repoussait. Tu n’avais que ce que tu méritais. Je t’ai laissé là à ta vie. Après tout, tu te satisfaisais bien de n’importe qui.

J’ai gardé des milliers de morceaux de toi, égoïstement. Je les ai trimballé à gauche, à droite. Parfois je me les remémorais avant de dormir ou les caressais du bout des doigts durant ces interminables nuits blanches. Juste pour m’assurer que chacun d’eux étaient toujours là. D’autres jours ils restaient dans leur boîte pendant un temps et la vie continuait, sans toi.

Le temps a passé, j’ai goûté à d’autres que toi, mais je savais que tu existais toujours quelque part.
Je t’ai cherché mille fois du regard, dans celui d’une autre, dans le noir, ou dans une rue, mais ce n’était jamais vraiment toi et je n’oubliais qu’à moitié, quand j’étais avec elles ou quand j’étais bourrée.

J’ai gardé des milliers de morceaux de toi pour survivre à tout ça, pour apprendre à marcher sans ta voix. Pour retrouver ces frissons que tu me donnais et la liberté que j’avais même en te tenant la main. Personne ne sait ici, tout ce que tu me faisais. Ils ne comprendraient pas.

Il a fallu que je te revois, je devais être sûre tu sais. Que je ne m’étais pas trompée, que peut être on pouvait recommencer, que j’avais bien fait de te quitter. Alors je t’ai appelé et je suis venue. Tu étais belle, tellement belle. Mais tu avais changé. Je ne t’ai pas regardé comme avant, je n’étais pas troublée quand tu me parlais ou me souriait. J’étais moi et tu étais toi. Et c’était bien comme ça, de savoir qu’on était capable de se voir sans se faire de mal.

Tout ce temps passé à te chercher, j’ai cru que je n’aimerais plus comme toi. Que peut-être tu t’en foutais, que tout ce qu’on avait vécu s’était certainement volatilisé et que rien n’avait jamais compté.

On a marché pendant des heures, en refaisant le monde, en se frôlant, le cœur tremblant et un peu lourd. Le ciel était bas et las de nos amours.

Puis au détour d’une rue, tout net tu t’es arrêtée. Tu ne tenais plus et tu m’as dit que toi aussi tu avais un secret. Le soleil est doucement sorti sur cette jolie place. Tu as plongé tes mains dans tes poches en me demandant de fermer les yeux. Tu m’as dit que je n’étais pas n’importe qui, que rien n’avait vraiment changé, que tu savais que je reviendrais.

Doucement j’ai posé mes yeux sur toi. Tu avais gardé des milliers de morceaux de moi, égoïstement. Un peu de ça, un peu de là, un peu de mon espièglerie, de mon caractère, de ma joie de vivre et de mes jours tristes pour reconstituer mon souvenir et le conserver précieusement. »

A Madrid, ma ville, mon premier amour.

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